(sage)Femme invisible

Publié par 10lunes le 22 novembre 2013 à 14 h 06 dans Militer

 

liu-bolin-harpers-bazaar-march-2012-missoniMardi, je suis allée manifester.

Parce que j’aime nous voir unies et fières d’être sages-femmes, parce que j’aime à croire que tout est possible, que notre voix sera entendue et qu’enfin le monde sera plus beau (oups, je m’égare).

Les slogans, chansons et autres rondes – oui les sages-femmes manifestent en faisant la ronde ! – constataient notre invisibilité et martelaient sur tous les airs « profession mé-di-ca-le » !

Le changement de statut des sages-femmes hospitalières cristallise les tensions. Mais la question qui nous anime tous est bien celle de l’autonomie de l’exercice.

Si je connais mal les contingences hospitalières, je peux causer de l’exercice libéral. Notre rôle mé-di-cal, nous pouvons le pratiquer au quotidien. Il ne tient qu’à nous de l’assumer ; à nous de décider de la place que nous devons prendre au sein d’un réseau de professionnels de santé.

A nous seulement ? Pas tout à fait …

Il faudrait que ce réseau nous intègre, que chaque acteur reconnaisse notre rôle et ne s’étonne ni ne décourage les femmes de s’adresser à une sage-femme.

Il faudrait que nous puissions prescrire tous les médicaments utiles à notre exercice sans les restrictions stupides qui nous empêchent de traiter l’infection urinaire de l’accouchée alors que nous pouvions le faire pendant sa grossesse, ou nous interdisent certaines molécules que chacun peut se procurer en vente libre…

Il faudrait que nous puissions signer l’attestation de première consultation lors d’une demande d’IVG et prescrire l’IVG médicamenteuse dans nos cabinets.

Il faudrait qu’une femme que nous adressons pour une imagerie ne risque pas d’être pénalisée lors du remboursement pour avoir été hors « parcours de soin« .

Il faudrait abolir le texte limitant nos arrêts de travail à un total de 15 jours sur l’ensemble d’une grossesse.

Il faudrait que nous puissions prescrire les soins d’un kinésithérapeute, au moins lorsqu’ils relèvent d’actes de prévention.

Marisol, si tu m’entends…

Mais mardi, j’ai manifesté pour d’autres motifs pas inscrits au programme…

Pour que l’expérimentation des maisons de naissance soit enfin votée par l’assemblée nationale le 28 novembre, mise rapidement en application puis généralisée.

Pour que les plateaux techniques des maternités ouvrent leur porte plus largement aux sages-femmes libérales tout en acceptant que leur pratiques s’éloignent quelque peu de celles du service ; car sinon à quoi bon proposer un accompagnement global ?

Pour qu’une solution soit enfin trouvée à l‘impossibilité de s’assurer pour la pratique de l’accouchement à domicile.

Et puis mardi, il y avait en filigrane toute la souffrance des sages-femmes salariées.

Alors j’ai aussi manifesté  pour que leurs conditions de travail s’améliorent et leur permettent d’exercer sereinement ; pour que les établissements embauchent – il y a des sages-femmes au chômage – afin que chaque femme soit attentivement accompagnée tout au long de sa maternité.

En fait, mardi j’ai manifesté pour les femmes, leurs enfants et leurs pères parce que je sais que nous pourrons faire plus et mieux pour eux quand les moyens nous en seront enfin donnés.

 

©Photo Liu Bolin

2 commentaires sur “(sage)Femme invisible”

  1. Maude poulin dit :

    du Québec, avec vous !
    après avoir eu mes 3 petits en France avec des SF li. (plateau teck. et domicile), je suis en train de faire mes études sages-femmes au Québec. Les luttes seront éternelles, ici ailleurs…..
    faudra toujours avoir le courage de nos convictions, sinon, partons nurse peut-etre ?
    avec vous toutes ! Maude

  2. Saad dit :

    Bonjour,
    mon commentaire n’a rien à voir avec l’article mais j’avais juste envie de vous partager ce lien
    http://www.madmoizelle.com/fausse-couche-temoignage-213160

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