Mieux vaut prévenir …

Publié par 10lunes le 11 novembre 2013 à 19 h 19 dans Militer

 

IMAG0440

Hier, j’ai acheté « Elle ». Ca ne m’était pas arrivé depuis…toujours!
Je l’ai fait parce qu’on y parlait des sages-femmes ; initiative suffisamment exceptionnelle pour que j’accepte d’égratigner ma réputation de féministe-gauchiste-babacool acquise au fil des ans chez le buraliste voisin.

Bon, une seule page, coincée entre les révélations de Nabila « les Femen ont de petits seins » et le conflit entre Gwyneth Paltrow et Vanity Fair.
Les sages-femmes apparaissent un poil hors sujet.
Mais quand même…

La manifestation du 7 novembre aura le mérite d’avoir rendu notre profession un peu moins invisible.

Reprenons « Elle » qui découpe son article en cinq sous-titres.

Les sages-femmes exercent une profession médicale, pas paramédicale.

C’est une absurdité très française que de classer les professionnels de santé en deux catégories, ce qui introduit une hiérarchie inutile puisque les compétences de chaque profession sont parfaitement définies par le code de santé publique. Ce qualificatif de médical a longtemps désigné le droit de prescrire. Mais ce droit s’est élargi récemment à d’autres professions, masseurs kinésithérapeutes (2006) et infirmiers (2012).

Plutôt que de s’arque bouter sur un terme, concentrons-nous sur l’essentiel, pouvoir exercer notre métier en toute autonomie. C’est presque gagné en libéral, ça l’est beaucoup moins en établissement où les sages-femmes n’ont pas ou peu leur mot à dire sur l’organisation du service, la répartition des actes (trop peu de maternités proposent par exemple des consultations sages-femmes), les protocoles mis en place. Ce sont pourtant toujours les sages-femmes qui sont en première ligne.
C’est cet entre-deux, entre responsabilité assumée et sujétion imposée, qui doit évoluer.

Sage-femme c’est cinq années d’études dont la première année commune avec les étudiants en médecine.

Le choix de cette première  année a été fait par la profession en 2001, pour préserver son statut médical et donc son droit de prescription… Il y aurait beaucoup à dire sur la PACES, système de sélection commun aux médecins dentistes, pharmaciens et sages-femmes basé sur la capacité à mémoriser puis régurgiter les cours. Ce barrage est extrêmement difficile à passer, fait-il pour autant de meilleurs professionnels ?

Comme le récent rapport Cordier le précise «  Nombreux sont les observateurs à souligner l’absence de formation intermédiaire dans le monde de santé entre bac + 3 et bac + 10, mise à part la brillante exception des sages-femmes » – Il ajoute ensuite « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».
C’est bien ce que les sages-femmes tentent d’affirmer : leur place est particulière  !!
 

C’est une profession médicale low cost

Ce titre va ravir Odile Buisson !
Les différentes représentations professionnelles annoncent un salaire débutant autour de 1700€, ce qui est effectivement peu par rapport au salaire moyen d’un bac + 5 entrant dans la vie active. Le revenu moyen des libérales tourne lui autour de 2100 € mensuels (moyenne cachant de grandes disparités selon les choix et lieux d’exercice).

Toutes les femmes, même celles qui ne sont pas enceintes peuvent confier leur suivi gynéco à une sage-femme.

Effectivement, le malaise de la profession vient d’abord (si l’on oublie la question des salaires) de cette méconnaissance de nos fonctions qui entretient l’idée que le passage par le gynécologue est obligatoire.
Sur le papier, pourtant, ça fonctionne. La sage-femme s’occupe de ce qui va bien, dépiste ce qui ne va pas et passe le relais au spécialiste.
Dans la vraie vie, c’est le foutoir.
En établissement de soin comme en libéral, les femmes en bonne santé consultent le spécialiste pour le suivi de leur grossesse, leur frottis ou leur contraception alors que sage-femme ou médecin traitant*sont parfaitement en mesure d’assurer ces consultations.
Et du coup, quand nous avons affaire à une patiente qui relève de la compétence du gynécologue, il faut faire des pieds et des mains pour obtenir un rendez-vous avec le spécialiste pour cause d’agenda débordant.
A l’inverse, les sages-femmes accueillent en consultation des femmes au parcours médical chaotique avec un dossier conséquent- dont elles ne disposent pas ! –parce qu’elles en ont assez d’être traitées mais pas écoutées.

Les sages-hommes ça n’existe pas

Je pourrais me désoler de ce sous-titre qui met une fois de plus en avant les 2% masculins de notre profession. Mais les salaires féminins étant notablement inférieurs aux salaires masculins, ceci explique hélas surement cela.

L’article se conclut sur la position des médecins défavorables à la reconnaissance de notre statut alors « qu’on ne va rien enlever aux médecins en gagnant un statut ». Les propos d’Odile Buisson cités plus haut prouvent que ce n’est pas gagné (elle a depuis produit une lettre d’excuse, au jemenfoutisme du plus bel effet).

Dis Marisol, dessine-moi des professions de santé, du respect, de la coopération.
Dessine-moi de la prévention, de la physiologie, un souci partagé de ceux que nous soignons.

 

* je ne revendique pas un parcours obligé par la sage-femme. Médecin traitant et sage-femme offrent des compétences différentes (et complémentaires) pour un tarif identique. C’est transparent pour l’assurance maladie, aux femmes donc de choisir le suivi qui leur correspond le mieux.

©Photo Alice, étudiante sage-femme

 

 

9 commentaires sur “Mieux vaut prévenir …”

  1. pétrolleuse dit :

    Pas sûre d’avoir compris le propos de ce billet: il est bien, l’article, ou il est pas bien?

    Autre chose: « Les sages-femmes exercent une profession médicale, pas paramédicale ». Et tu ajoutes « C’est une absurdité très française que de classer les professionnels de santé en deux catégories, ce qui introduit une hiérarchie inutile. » 🙂 Néanmoins, les SF ne manquent jamais de souligner qu’elles relèvent des professions médicales et non paramédicales, ce qui ne semble pas si dénué d’importance à vos yeux…

    « C’est une profession médical low-cost »: l’auteur se contente de le souligner ou le déplore?

    « Toutes les femmes, même celles qui ne sont pas enceintes peuvent confier leur suivi gynéco à une sage-femme ». Même celles qui n’ont jamais eu d’enfant? Une adolescente peut-elle décider de consulter une SF, plutôt qu’un gynéco, pour la prescription d’une première contraception, par exemple?

    Je rebondis enfin sur le sous-titre « les sages-hommes, ça n’existe pas ». Dans quel sens? Les hommes qui exercent la même profession que toi sont aussi des sages-femmes ou alors ils sont tellement minoritaires qu’ils ne comptent pas…? Et, à propos des inégalités salariales, les sages-femmes hommes, ils sont mieux payés que les sages-femmes femmes, ou pareil?

  2. 10lunes dit :

    L’article ? Il est honnête en reprenant les propos de sages-femmes mais c’était surtout le prétexte à un billet…
    Je réponds à tes questions :
    -le statut médical est important aux yeux des sages-femmes, pas vraiment aux miens mais à condition bien sur que ce classement disparaisse !!
    – SF low cost : je donne des chiffres et laisse chacun en juger.Dans les hôpitaux, il semble que ce qui a mis le feu aux poudres est que toutes les grilles de salaire ont été revues (en 2011 ?)et que le dossier SF soit le dernier à passer. Pour les libérales, la moyenne cache vraiment de grandes différences et certains cabinets ont fait faillite…
    – suivi gynéco : oui les ados, les femmes sans enfant. Le critère principal est de ne pas avoir ( a priori ) de problème de santé particulier.
    – sous titre sur les sages-hommes: c’est pas moi c’est l’autre, enfin « Elle » ! Je n’ai fait que le reprendre. L’hypothèse évoquée est que ce métier étant principalement féminin, il est financièrement pénalisé. Ca me semble possible. Mais les salaires sont -heureusement -identiques pour les hommes et les femmes SF

  3. G. dit :

    J’ai toujours cru que dans sage-femme il y avait « sage », de « sagesse » (connaissance) et « femme » – la patiente, ici. La sage-femme est donc celui ou celle qui connait la femme, pas une femme sage! Donc les hommes qui pratiquent ce métier sont aussi des sages-femmes.
    Dix Lunes, merci encore pour vos articles, sources d’information, de réflexion, d’humour, de révolte… et bien d’autres choses encore!

  4. Dumoulin dit :

    Bonjour,
    Je rebondis juste sur la partie « toutes les femmes peuvent être suivies par une SF au lieu d’un gynéco ».
    Dans le principe, peut-être, mais dans les faits, c’est faux. Je vis en banlieue proche de Paris, bien « desservie » sur le plan médical et ai vainement tenté de faire suivre ma fille (21 ans) qui désirait se faire poser un DIU et moi-même (56 ans) qui suis ménauposée.
    J’ai eu le plus grand mal à trouver une SF qui puisse nous recevoir, toutes celles qui m’ont répondu ne faisaient que le suivi de grossesse et semblaient d’ailleurs débordées (très difficile de les joindre autrement que par messagerie). Au moins 6 personnes contactées, mais jamais eu aucune nouvelle de l’Ordre à qui j’ai demandé s’il pouvait m’aider à trouver une SF compétentes pour nos profils!
    Lors du rendez-vous enfin obtenu avec une SF, très professionnelle et agréable, ma fille a bien reçu tous les conseils et informations nécessaires, mais la pose du DIU ne pouvait se faire qu’à l’hôpital où exerçait la SF, car pas de matériel de contrôle au cabinet. Les horaires de consultation à l’hôpital n’étaient bien sûr pas compatibles avec ceux d’une femme qui travaille et a des temps de transport importants.
    Me concernant, cette SF ne suit pas les femmes ménauposées…
    Donc, retour à la case départ : gynécologue (conseillé par la SF et très à l’écoute) pour mon suivi et pose chez lui d’un DIU avec échographie pour ma fille.
    De quoi décourager les meilleures volontés…

  5. Miss Niet dit :

    Je voudrais réagir sur le point du salaire en premier… Les exemples donnés sont par rapport à l’informatique, donc c’est un peu à part. Et pour un bac+5 c’est malheureusement ce à quoi il faut s’attendre à lors actuel, dans une profession « publique » si je puis dire (je veux dire par là dont les honoraires/salaires sont fixés par l’état).
    C’est plus élevé que le salaire des thésards (qui ne sont même parfois payés qu’en faisant des vacations supplémentaires) et des internes. C’est un poil inférieur aux enseignants de la maternelle au collège qui ont pourtant aujourd’hui un bac+5 exigé. Et pourtant, je vous garantis que les thésards et les internes, après 5 années d’études, aspirent eux aussi à des choses simples comme un logement ou une voiture (ou à manger dans son assiette !!). Alors je sais que je pinaille, mais je pense qu’aujourd’hui il faut être réaliste : tout le monde pense que son salaire est inférieur à ses compétences et aux exigences de son travail. En premier lieu dans le domaine publique.

    Second point : je pense qu’entre un/e bon/ne gynécologue et une SF la différence de suivi n’est pas problématique et que privilégier l’un par rapport à l’autre doit se faire pour de bonnes raisons : géographiques, disponibilité, équipement, incompatibilité de personnalité. Le tout est de trouver un bon équilibre, et d’établir une relation de confiance. Mais c’est vrai qu’on n’a pas assez le réflexe SF. Pour autant, je ne me vois pas changer de soignant maintenant que je suis satisfaite.

  6. Charlotte dit :

    Pour ma première grossesse, j’ai été suivie simplement par une sage-femme. Mais j’ai du être arrêtée plus tôt comme souvent dans ma profession, et j’ai trouvé ça assez déplaisant d’aller quémander un arrêt à mon médecin gé que je vois rarement….

  7. vetote dit :

    bonjour, je viens de découvrir un blog de médecin.. peut être le connaissez vous ? un article parle des sages femmes, et surtout, lisez les commentaires, ils devraient vous faire plaisir !!! continuez à mettre les pieds dans le plat !
    http://www.alorsvoila.com/madame-ouille-et-la-boite-a-musique

  8. Merci pour cette relecture de l’article de Elle.
    Sensibilisée à la grève des sage-femme par deux amies dont c’est la profession, j’ai écrit un post sur mon blog : http://www.detoutetdeliens.com/2013/11/jamais-sans-ma-sage-femme.html
    Espérons que l’info passe et que votre profession soit reconnue à sa juste valeur !
    Bravo pour votre blog.

  9. 10lunes dit :

    Miss Niet : le salaire des sages-femmes intègrent les primes de nuit et de week end et du coup, il semble vraiment inférieur à la moyenne. Mais effectivement, c’est loin d’être la seule profession en difficulté.
    Coté choix, je défends le libre choix ! Il ne s’agit pas d’empecher les femmes de poursuivre le suivi avec leur praticien habituel mais d’informer chacune des différentes possibilités de suivi.

    Charlotte : la limitation de nos arrêts est un réel problème.Nous la subissons comme les femmes que nous suivons. Pour ma part, je fais un courrier au médecin traitant pour éviter à la femme cette position de demandeuse…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *