Le bout du chemin ?

Publié par 10lunes le 25 novembre 2013 à 10 h 47 dans Militer

 

winding road

Mercredi dernier, la proposition de loi sur l’expérimentation des maisons de naissance a été facilement (tout arrive !) adoptée par la commission des affaires sociales*. Elle sera présentée au vote des députés jeudi prochain.

Pour les curieux mais pressés, voici quelques éléments des débats.

La rapporteur, Yannick Favennec, rappelle que la question commence à dater  « Elle a été évoquée pour la première fois par Bernard Kouchner en 1998, puis reprise dans le plan Périnatalité 2005-2007. Elle a même fait l’objet de dispositions spécifiques dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2011, qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel au titre de cavalier social ». (cf ce billet)

Il souligne plus loin que le projet est d’offrir une alternative à l’accouchement hospitalier pour « répondre à la demande de nombreuses femmes d’accoucher dans des conditions moins médicalisées et moins stéréotypées qu’à l’hôpital » et insiste sur la iatrogénie de notre hyper médicalisation. Il rappelle que « La France présente également des taux de péridurale, d’épisiotomie ou de césarienne plus élevés que les pays voisins, sans que le recours à ces techniques améliore le taux de satisfaction des femmes concernées » … n’en déplaise à Odile ! (ndlr)

Il se prend un peu les pieds dans le tapis en évoquant de « grosses structures, pratiquant parfois plus d’un millier d’accouchements par an, si bien que certaines peuvent avoir l’impression d’accoucher dans des « usines à bébés ». Moins de trois naissances par jour, ça ressemble maintenant plutôt à une « petite » maternité, par opposition aux grands centres dont certains tournent autour de 5000 accouchements par an.

Il donne ensuite des chiffres qui viennent  soutenir les revendications actuelles des sages-femmes. « Pour des raisons de démographie de la profession de gynécologue-obstétricien, les sages-femmes seront vraisemblablement appelées à jouer un rôle prépondérant dans le suivi des grossesses et des accouchements à l’avenir. 

Rappel au rapporteur : Si notre rôle est effectivement à développer dans le suivi des grossesses, les sages-femmes prennent en charge 100% des femmes en travail.

La France compte aujourd’hui plus de 20 000 sages-femmes en activité, dont la moyenne d’âge est de quarante et un ans, et seulement 4 200 gynécologues-obstétriciens, dont 30 % ont plus de cinquante ans. »
Catherine Lemorton souligne cette même réalité. Et Annie Lehouerou tacle nos confrères « Actuellement, elles [les sages-femmes] consacrent en général trente minutes à une heure à chacune de leur consultation, alors que les gynécologues, souvent débordés, examinent leur patiente sans prendre en compte l’environnement familial ni les éventuelles angoisses des parents ».

Le financement est abordé rapidement. Une subvention (unique ? pérenne ?) de 150 000 € est évoquée « permettant de couvrir les frais de structure ainsi que tout ou partie des primes d’assurance demandées aux sages-femmes ».

Tout va dépendre de la position des pouvoirs publics face aux assureurs. Car si l’on reprend les tarifs actuels proposés aux sages-femmes qui travaillent à domicile, la subvention payerait – au mieux – une année d’assurance pour six sages-femmes, soit le nombre de praticiens envisagé dès 2010 par le groupe de travail… Il ne resterait plus de budget pour les frais de structure !

Gisèle Biémouret rappelle que l’ouverture de maison de naissance est un progrès pour les femmes mais que l’on ne peut s’en contenter « Le désir d’un accompagnement personnalisé n’est pas l’apanage des tenantes de l’accouchement physiologique. Une grossesse pathologique, qui n’est pas un choix mais une situation subie et angoissante pour la femme qui la vit, nécessiterait encore davantage une prise en charge plus humaine ».

Enfin, cette proposition de loi permet de connaitre les  sites  d’expérimentation envisagés « à ce stade »  (traduction, faut voir, ça dépend et on est pas sûr ) : Paris, Pontoise, Rennes, Nancy, Remiremont, Thonon-les-Bains, Toulouse, Marseille et Beauvais.

Le discours globalement très positif change des débats entendus en 2010. Espérons que le vote de jeudi confirmera la bienveillance des députés vis-à-vis d’un projet  attendu depuis quinze ans…

 

* La proposition de loi avait suscité quelques « étonnantes » réactions lors de son débat au Sénat

 

7 commentaires sur “Le bout du chemin ?”

  1. 15 ans… Pour une « simple » expérimentation. Quand on voit des réformes autrement plus importantes dans le nombre de personnes qu’elles concernent, imposées par des lois votées dès la mise en place d’un gouvernement, cela laisse songeur sur le processus démocratique.
    Espérons que le texte sera voté (cela semble acquis) mais surtout voté tel quel et sans nouveaux amendements.
    Et espérons que la suite administrative ne foute pas tout par terre.
    Et espérons que cela soit un pas vers plus de respect de la physiologie aussi à l’hôpital, une prise en charge plus humanisée et personnalisée quelque soit le type de grossesse et de lieu de naissance (comme vous le soulignez).
    Et espérons que les assurances suivent (avec une pensée pour les accouchements à domicile)…
    Et la liste pourrait être très longue.

    Que de travail encore pour faire bouger les choses !

  2. Dodo13 dit :

    J’ai de sérieux doutes sur l’aboutissement de cette proposition…mais j’en rêve!!!

  3. Blandine Marie Renee dit :

    et bien … les emmerdes continuent …

    Ce n’est pas un pas vers le respect et l’autonomie, c’est un pas vers l’obligation pour toutes les femmes à aller se faire accoucher en hosto – et CELLES QUI NE VEULENT PAS D’HOSTO ?

  4. daria dit :

    C un premier pas…
    Si c’est VRAIMENT géré à 100% par des sf libérales en suivi global, ça sera deja bien (plutôt que de devour être transférée à 10 pour pousser sur une table… ). Par contre on a pas la même notion du contifgu, pour moi ça veut dire « la maison est collée à l hôpital » et pas « incluse dedans »… Mais si c bien insonorise, et que personne s incruste, c un bon début, ça conviendra à certaines !

  5. 10lunes dit :

    J’ai quand même envie de me réjouir. C’est un premier pas vers des projets que nous défendons depuis 15 ans sans que rien n’avance…
    Ce n’est pas encore ce que nous souhaitions (quelques sites seulement, proximité très très immédiate etc…) mais enfin on avance !
    Parce que nous n’avons que deux possibilités, forcer le passage et ouvrir des MDN sans autorisation mais ceux qui ont tenté se sont cassé les dents, ou faire avec la lenteur du « consensus » politique et progresser lentement.
    Par ailleurs, pour les sages-femmes s’impliquant dans ces projets, il n’est pas question que les MDN viennent remplacer l’AAD. Il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre mais de pousser tous les pions en parallèle pour que l’offre de soin en matière de naissance soit la plus large possible (avec un argument réaliste en temps de crise, elle serait de plus en plus économique…)

  6. Cracou dit :

    Eh bien voilà, c’est voté! Gros soupir de soulagement. C’est peut-être un petit pas seulement mais j’ai envie de croire que ça augure d’une évoluation dans la bonne direction. Les petits ruisseaux font les grandes rivières…

  7. Zab dit :

    Très égoïstement, j’ai du chagrin de voir que c’est passé et qu’il n’y en a aucune dans mon coin. Je suis contente pour les autres, mais moi aussi j’aurais aimé une naissance respectée cette fois. :-/

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