Odile n’aime pas les maisons de naissance (4)

Publié par 10lunes le 2 avril 2013 à 09 h 05 dans Pffffff

 

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Parfois, on se surprend à acquiescer. Odile Buisson constate « Un certain nombre de femmes se disent fatiguées de devoir subir tant de médecine pour un acte si naturel ». Mais ce n’est que pour mieux les cataloguer. « Certains groupements associatifs (…) se chargent de repasser le cerveau des bougresses. Le credo de ces associations est un hymne à la tradition. Fonction principale d’une femme : mère ! Comment devenir une mère en accouchant dans le ressenti de la douleur« .

Seuls des esprits faibles manipulés par des « groupements »(lire secte) pourraient souhaiter se réapproprier le moment de la naissance ?

Odile Buisson visite la presque maison de naissance de Pontoise. Comme à son habitude, la charge est lourde. Si une première description factuelle évoque avec honnêteté un « espace de liberté, convivial, respectant l’intimité du couple », très vite elle s’interroge sur ce qu’ils viennent y chercher. « Est ce vraiment l’accouchement dit naturel (…) ou plutôt les conditions d’écoute et d’attention exceptionnelles ? »
L’un ne va pas sans l’autre ! Et trouver écoute et attention de la part des soignants est une attente, plus que légitime, de toute femme enceinte, quel que soit le lieu de son accouchement.

Plus fort encore, Odile Buisson envisage que ce soit « le luxe de l’hôtellerie » qui attire les parents. Je laisse chacun juger de ce supposé luxe à travers les photos disponibles sur le site du centre hospitalier de Pontoise. Que ce lieu soit accueillant, nul ne peut en douter, mais luxueux ? Imaginer que les femmes y viennent pour les locaux est d’autant plus absurde que la maison de naissance n’est pas un lieu d’hébergement. On y accouche – et encore, pas tout à fait puisque l’expérimentation n’est toujours pas inscrite dans la loi – mais l’on n’y séjourne pas.

Odile Buisson poursuit sa charge en comparant un peu rapidement les fonctionnements « la maison (…) mobilise deux sages-femmes pour 100 accouchements annuels soit une sage-femme pour 50 accouchements. Dans la maternité, elles ne sont que six sages-femmes pour assurer 4700 accouchements ». Si ces chiffres étaient exacts, une telle disparité serait effectivement scandaleuse.
En réalité le temps de travail des sages-femmes de la maison de naissance correspond à 1,80 équivalent temps plein (elles sont salariées) pour 100 femmes suivies par an. Le centre hospitalier en a assuré lui 4760 en 2012 avec 60 sages-femmes mais aussi de nombreux autres personnels. Rien de choquant pour autant ; le centre hospitalier est un type 3 qui gère des situations complexes mobilisant les équipes.

Odile Buisson ne conçoit l’accouchement qu’« effroyablement douloureux ». Elle le martèle dans les médias« sur une échelle de 0 à 10, la douleur de l’accouchement est cotée à 12″, formule efficace mais forcément erronée*.  A se demander comment font les 20% de françaises qui n’ont pas recours à la péridurale ? Et qui n’accouchent pas en maisons de naissance puisqu’elles n’existent pas encore…

Ce qui la chagrine le plus serait cette « petite ombre restrictive (…) quand une maman vient accoucher, elle doit renoncer définitivement à une éventuelle péridurale, même si en raison de l’effroyable intensité de ses douleurs elle la réclame, il faudra qu’elle s’en passe coûte que coûte ». Cela est présenté comme une différence majeure avec les espaces physiologiques des maternités où « une femme submergée par la douleur peut obtenir une péridurale dès qu’elle la demande ».
Bien évidemment, il est toujours possible de transférer une mère vers le plateau technique si une péridurale est souhaitée. Mais les sages-femmes ont l’honnêteté de se montrer exhaustives dans leur présentation, précisant que certaine femmes demandent une analgésie puis décident de s’en passer grâce au soutien qui leur est apporté. Situation qu’Odile Buisson transpose en un despotique « ne pas céder à leur demande » traduisant une vraie méconnaissance des hauts et bas que peut traverser une femme en travail, par moment en mesure d’accueillir sereinement ses sensations, à d’autres submergée et découragée puis trouvant à nouveau l’apaisement.
La question n’est pas de refuser, de ne pas céder, mais de proposer des alternatives pour respecter au plus près le projet initial de la femme. Est-il nécessaire de le préciser, la décision lui appartient ; toujours.

Mais Odile Buisson imagine un autre motif au soutien des sages-femmes, bien moins noble. Si l’on s’oppose ainsi à la péridurale en maison de naissance c’est que tout le monde y aurait recours si elle n’était pas proscrite « et les lobbies qui vivent de leur lubies n’aurait plus qu’à plier pancarte et rendre l’argent de leur subvention ».
Ainsi nous militerions pour mieux garnir nos porte-monnaie… Avec plus de 15 années de bénévolat au compteur, je me dis que j’ai du rater quelque chose.

Mais revenons à Pontoise. Locaux luxueux mais équipement défaillant. Odile Buisson s’étonne « aucun équipement médical n’est utilisé que celui des sages-femmes. Des gants en latex ? Une sonde pour les bruits du cœur ? « 
A se demander si les sages-femmes ne coupent pas le cordon avec les dents !
Peu de technique est une évidence en maison de naissance où prime le respect de la physiologie. Si une intervention s’avère nécessaire, il est plus que logique de changer de lieu pour accoucher dans une salle traditionnelle et traditionnellement équipée.

Certains prônent des espaces physiologiques aux frontières moins définies.
En préparant ce billet, je suis tombée sur une étude récente qui conclut à l’imprévisibilité de l’accouchement et l’impossibilité de sélectionner le bas risque ! En comparant un groupe bas risque et un groupe dit à haut risque, l’étude dénombre en effet plus d’intervention de l’obstétricien dans le premier groupe (21 versus 12 %).
Edifiant ?  A un détail près : dans le groupe bas-risque, on retrouve 76,8% de péridurale et 77,3 % de perfusion d’ocytocine.

On est loin – très loin – très très loin – du respect de la physiologie prôné en maison de naissance.
Mais en faisant mine de l’ignorer, leurs détracteurs tracent leur sillon en dévoyant la notion même de bas-risque. **

 

PS, si la photo d’illustration de ce billet vous semble caricaturale, et bien vous avez raison ! Chacun son tour …

à suivre….

 

* Echelle orale d’évaluation de la douleur : Le soignant demande au patient de quantifier sa douleur sur une échelle virtuelle allant de 0 « Douleur absente », à 10 « Douleur maximale imaginable ».

**Cf cette autre étude à la conclusion semblant « intéressante » (mais je n’ai accès qu’au résumé). 

 

©Photo Jyn Meyer

 

 

2 commentaires sur “Odile n’aime pas les maisons de naissance (4)”

  1. Je me permets un commentaire car c’est Odile Buisson qui était mon échographe pour ma première grossesse et Isabelle Chevalier, ma sage-femme référente du 3ème mois de grossesse à l’accouchement. 😉
    Je connais donc sur le bout des doigts les 2 univers: le cabinet du Dr Buisson à St Germain-en-laye et la maison de naissance de Pontoise. Comment dire…….Mme Buisson est sacrément gonflée de parler de « luxe » au sujet des locaux de Pontoise quand on connaît les locaux dans lesquels elle exerce ! 😉 🙂

    1. Oups ! échographiste et non *échographe !!! 🙂

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