Odile n’aime pas du tout les sages-femmes (5)

Publié par 10lunes le 8 avril 2013 à 09 h 34 dans Pffffff

 

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J’avais promis d’y revenir, Odile Buisson n’aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d’une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une « gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins » pour enchaîner immédiatement « Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes ». Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ? Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du « sale temps pour les femmes » ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les « nouveaux métiers de santé ».  « Désormais, ce n’est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraîchement diplômée en 80 heures de cours ». Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80 heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage – est ce que le temps de formation d’un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? – de travail personnel, mais surtout qu’elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d’études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de « petits métier » qu’elle se plait à imaginer « frotteur de col utérin, inciseur d’hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés ». Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir « faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise » alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d’une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d’un stérilet par un « professionnel de santé » ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique « d’un stérilet inséré dans le col utérin. L’absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu’il y a été malencontreusement placé lors de la pose ». Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L’expulsion d’un DIU bien placé n’est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu’il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n’a jamais connu cet incident me jette la première pierre…

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque « qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis » (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant « oui bien sur, les vétérinaires aussi… «  Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne « D’emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s’ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas ». La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. « Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice ». Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, « volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur »… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de « nouvelles matrones ordinales ».

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le « on » vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d’une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n’est pas le médecin qui la refoule mais  « on » et « on » aussi qui lui dit qu’il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n’est pas un médecin régulateur mais « on » qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l’interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce « on » générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme « rétorque sèchement », à la ligne suivant elle est qualifiée de « cerbère« , deux phrases plus loin « elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie » et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et « la sage-femme indifférente observe : elle est agitée ». L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d’aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est « très remontée contre les sages-femmes de l’hôpital ». Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d’autres l’imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. « La sage-femme appelle l’anesthésiste », adroite ellipse qui évite de préciser si c’est du fait d’une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé « une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales », en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … « La patiente lui dit, c’est trop tard, j’ai envie de pousser, je sens qu’il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque – qu’elle a encore du temps et la péri est posée ».

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes « fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions ».

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c’est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c’est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d’eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l’un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j’aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical…
Mais j’ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j’avais choisi l’humour pour dénoncer d’autres propos incendiaires d’Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante…

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à son dépistage.

 

©Photo

 

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