Dangereux surbooking

Publié par 10lunes le 3 février 2013 à 22 h 05 dans Non catégorisé

 

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Un décès vient entacher la réputation de la maternité de Port Royal. Un déclenchement semblant différé faute de place dans le service qui se solde par la mort in utero de l’enfant. 

Je ne me risquerai pas à commenter des faits à travers la lecture qu’en donnent les médias. Je remarque simplement que pour les apparentes mêmes raisons – service débordé – il y avait eu l’an dernier un autre incident.

Si comme on me le soulignait très justement, la mise en cause à quelques mois d’intervalle de Port Royal n’est au final qu’un effet d’optique, le surmenage des équipes, apparaissant à l’origine des deux accidents médiatisés, est hélas commun à la plupart des « grosses » maternités.

Le problème est que le nouveau Port Royal nous est vendu comme un must permettant de conjuguer qualité des soins, humanité et confort. C’est ce que l’on pouvait lire il y a un an (8 février 2012) sur le blog célébrant l’ouverture. « Maternité de type III assurant une sécurité médicale maximale, pour toutes les grossesses (…) au sein d’une maternité repensée, plus confortable, plus accueillante« …

Ainsi, le must en matière d’organisation des soins omet une composante indispensable, la disponibilité de ceux qui sont censés les prodiguer.

L’obstétrique est une discipline médicale particulière ; le plus souvent, la médecine n’a pas réellement à intervenir. L’accouchement reste un acte physiologique et tout se passe généralement bien même avec une équipe peu disponible. Ce « bien » n’est pourtant qu’un minimum :  la mère et l’enfant quitteront la maternité en bonne santé.  La politique sanitaire actuelle se fiche du vécu des parents, de la déshumanisation de la naissance, du manque d’accompagnement… les personnels sont en effectif suffisant pour faire tourner un établissement, inutile de financer de nouveaux postes.

Mais les décrets de périnatalité qui régissent certains de ces postes omettent  qu’un service peut être quasi vide à un moment pour se remplir soudainement ensuite, que les situations pathologiques ne se distillent pas régulièrement au fil des heures mais peuvent se concentrer brutalement.

Alors oui, la plupart du temps, même sans cette attention que nous nous devons de porter à chacune des femmes présentes, l’accouchement se termine « bien ». Mais de temps à autre, le manque de disponibilité conduit à méconnaître des pathologies débutantes et à devoir- dans le meilleur des cas – rattraper sur le fil des situations en train de basculer.

Comme ce rapport de l’Igas le rappelle « … Les indicateurs prénataux se situent à un niveau moyen, comparé aux performances des autres pays développés. La diminution de la mortalité périnatale est moins rapide que dans les autres pays européens. La France est également régulièrement citée pour ses mauvais résultats en matière de mortalité maternelle, même si les dernières données disponibles montrent une amélioration dans ce domaine ».

Le regroupement des maternités n’est concevable que si les équipes s’étoffent en proportion. Or, sous le fallacieux prétexte des économies d’échelle, les regroupements se soldent systématiquement par une perte de postes et de lits. Le pire est que ce n’est pas forcément source d’économies. On pouvait lire en juillet dernier dans Libération « L’expérience enseigne que les processus de fusion sont en eux-mêmes sources de surcoûts ou de dysfonctionnements ». 

 

Alors, on fait quoi ?

On continue à concentrer les naissances, à les industrialiser pour mieux rentabiliser locaux et personnel, à fermer les yeux sur les incidents évitables ?

Ou on réfléchit autrement, en permettant aux femmes qui le souhaitent d’accoucher – en l’absence de contre-indication – en maternité de proximité* ou en maison de naissance**, ce qui aurait  le double bénéfice de répondre aux attentes des parents tout en désengorgeant les services de haute technicité.

On continue à morceler les soins ou l’on restaure une continuité de l’accompagnement, plus sécurisante et plus efficiente, en utilisant une ressource décidément méconnue : les compétences des sages-femmes.

Il y a des sages-femmes au chômage, il y a des sages-femmes disponibles, il y a des sages-femmes motivées pour proposer autre chose que le soin minimal que le manque d’effectifs leur impose.

Cerise sur le gâteau, ces prises en charges sont à la fois sécures et économiques.

Alors, on attend quoi ?!

 

 

* Voir par exemple la fermeture de la maternité de Vire 

**Une nouvelle proposition de loi sur l’expérimentation des MDN, déposée par Mme Muguette Dini, sénatrice (UDI), devrait être examinée le 28 février prochain.

 

©Photo

 

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