Les mots pour le dire

Publié par 10lunes le 14 février 2011 à 10 h 30 dans Rencontre

Plus que plantureuse, les cheveux cachés par un voile, les mains potelées immanquablement croisées sur le ventre, toujours souriante, son regard vif contraste avec son attitude réservée. Elle murmure plus qu’elle ne parle. Sa gentillesse me fait fondre, sa timidité m’invite à la plus grande attention.
Elle a vécu, dans son pays d’origine, un premier accouchement extrêmement difficile et sans possibilité de recours médical. Elle a eu depuis d’autres enfants en France, tous nés par césarienne. C’est à l’occasion du suivi rapproché prescrit pour sa dernière grossesse que nous nous rencontrons.

Elle revient me voir après la naissance et me confie alors un autre pan de son histoire ; plus aucun désir, plus aucun plaisir depuis son premier accouchement dantesque. Aucune douleur, pas de lésion apparente, « juste » ce corps qui ne réagit plus.

Je mesure combien évoquer ce sujet lui a été difficile. Unique dépositaire de ce secret, je me dois de l’aider. Mais nos échanges atteignent rapidement ma limite de compétence, il lui faut un accompagnement plus adapté.
Je lui propose alors de retourner à la maternité pour y consulter une psychologue, faisant l’hypothèse que ce cadre connu l’effraierait moins. Elle refuse avec force, ce n’est pas cela qu’il lui faut. J’évoque prudemment une consultation de sexologie et elle acquiesce immédiatement. Décidément surprenante.

Nous nous mettons en quête d’un médecin qui prendrait en compte ses faibles revenus car nombre de praticiens de la région pratiquent systématiquement des dépassements d’honoraires.
Le premier correspondant, hospitalier, est débordé. Je l’oriente alors vers un autre spécialiste en insistant pour qu’elle précise bien sa situation de bénéficiaire CMU. Rendez-vous est pris.

C’est ce qu’elle revient m’annoncer. Je la félicite de sa démarche, l’assure de ma disponibilité, souligne que je serai heureuse d’avoir des ses nouvelles. Elle sourit, baisse les yeux, mais n’esquisse pas un au revoir. J’attends.

Le silence persistant, je m’autorise une question.Y aurait t-il autre chose qu’elle ait envie de me dire ?
Elle saisit la perche. La secrétaire lui a demandé une lettre de son médecin traitant. Parcours de soin j’imagine. Mais évoquer son absence de libido avec son généraliste est un triple défi. Il est homme, plutôt bourru, et médecin traitant de son conjoint.

C’est ainsi que je me retrouve à rédiger laborieusement un courrier à ce « Cher confrère » inconnu afin de lui exposer sommairement les difficultés sexuelles de sa patiente et l’inviter à une écoute empathique lors de la prochaine consultation…

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