Subliminal

Publié par 10lunes le 19 octobre 2009 à 13 h 59 dans Profession sage-femme

Dernières gardes avant d’obtenir mon diplôme et de voler de mes propres ailes.
Une des sages-femmes de la maternité accouchera cette nuit là, bien décidée à vivre la naissance à sa manière, sans l’intervention de l’équipe.
Lors de la poussée,  la sage-femme de garde et l’étudiante que je suis encore nous bornons à tenir le miroir lui permettant de contrôler elle-même la sortie de son bébé.
Demi-assise sur le lit, les pieds dans les étriers, elle guide son enfant, le regard rivé à l’image qui se reflète.  La tête apparait doucement, accompagnée par le souffle de sa mère plus ou moins appuyé pour maitriser le dégagement et préserver le périnée. Puis le petit fait son quart de tour, les épaules se placent dans le bon diamètre, encore une ou deux poussées et elle peut prendre son bébé sous les aisselles et l’attirer sur son sein.
Elle l’a mis au monde. Toute seule.

L’histoire fait le tour de la maternité en quelques heures. Il faut bien être sage-femme et sage-femme émérite pour pouvoir ainsi accoucher sans que nul ne touche à l’enfant, ne retienne sa tête, ne soutienne le périnée. Cette aventure est de l’ordre de l’exploit personnel, un Everest obstétrical…
Du haut de mon inexpérience, je m’extasie de concert…

Quelques semaines plus tard, je prends mon premier poste dans une maternité « alternative », respectueuse des femmes et confiante dans leurs compétences.

Je découvre une autre façon de travailler, d’accompagner, de respecter.
Je m’émerveille mais cherche ma place. J’ai été formée pour diriger, je dois apprendre à m’effacer. Installée entre les cuisses maternelles, un autoritaire « Madame ne poussez plus ! » nous laissait tout loisir de dégager la tête, geste « noble » s’il en était. Ici, les sages-femmes se placent de coté et ne guident que par quelques paroles. Nous n’agissons que si cela s’avère indispensable, rarement.

Loin de l’exploit de cette nuit hospitalière, simplement, les mères font naitre leur bébé elles-mêmes, sans que la sage-femme n’ intervienne.

Cette simplicité ne se réduit pas aux dernières minutes de la naissance.  La confiance dans les ressentis maternels, le respect de l’autonomie modifient le déroulement – et le vécu – de tout l’accouchement.
A l’évidence, les femmes savent faire.

Ce qui était extraordinaire là-bas devient banal ici. Pourquoi ?
Les attitudes semblent similaires, les paroles encourageantes sont les mêmes. Mais il y a d’un coté la conviction de la compétence maternelle et de l’autre la défiance.
Rien n’est dit.
Mais le message passe.

C’est dans ce message subliminal qu’il faut chercher la source de l’incompréhension entre professionnels. Chacun est convaincu que seule sa façon d’exercer est possible. Chacun est conforté dans ses certitudes par son vécu quotidien.

Notre façon d’être dicte l’attitude des couples que nous accompagnons. 

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